La lueur diffusée par l'horizon fait briller l'étendue du chant de blé jusqu'au sommet des collines parsemées de rosée argentée. De sa main colorée d'or par les rayons du soleil, elle caresse la surface rugueuse du sac empilé avec les autres au pied du moulin qui tourne déjà, en silence. Les yeux dans le vague, elle a lâché ses nattes et ses mèches sombres et ondulées longent inocemment les courbes de son dos. Dans cette brise matinale, elle semble avoir pris dix ans d'un coup. Sans rien dire, il sort de sa cachette et vient se camper en face d'elle, dévisageant ses traits dont la juvénilité s'est enfuie. Lentement, elle lève les yeux, sans exprimer la curiosité ni la surprise. Le mouvement de ses doigts aux ongles sales cesse. Elle entrouvre les lèvres mais aucun son ne résonne. Elle plonge la main dans le sac, et on peut juste entendre dans le champ le froissement du papier contre le maïs dont elle saisit une poignée. Un courant d'air frais fait balancer sa cascade de jais lorsqu'elle la lui tend, et il devine peut-être un sourire invisible au coin de ses lèvres. Il hausse les épaules, secoue la tête. Mon Dieu, qu'il est maladroit... Comme pour se rattraper, il lève la main à son tour et referme les doigts de la jeune fille sur les graines dorées. Elle refuse. Pour le punir, elle renverse sa paume et une pluie de maïs heurte le sol en crépitant. S'attendant à la voir s'accroupir pour les ramasser, il se penche et tend le bras. Mais elle ne bouge pas. Les yeux fixés sur l'horizon, une main sereine posée sur la poutre qui soutient le moulin, pour la première fois, elle brise le silence. " Ce soir, je vais mourir. " Il se relève et la regarde, sans comprendre. C'est comme si la mort ne représentait pas plus pour elle qu'une poignée de maïs éparpillée dans l'herbe. Des questions prennent vie, soufflées par le chant des cigales qui s'éveille. Mais alors qu'il se prépare à ouvrir la bouche, elle a déjà tourné les talons. Il décide de se taire.
Il sait qu'elle ne se tourmentera pas le dernier jour de sa vie.
Ouaip, deux pavés à la suite, mais j'vous merde quand même =)